Contexte
En 2008, les projets Ecoferme et Etablissement de Plantes ont été finalisés au Mali, en ce qui concerne l’expérimentation des techniques. En 2009, l’attention était portée donc sur le partage et le passage à l’échelle des bons résultats de recherche. On a tenu une série d’ateliers au niveau local et au niveau national, ateliers au cours desquels les résultats furent présentés à la fois aux chercheurs et aux agriculteurs partisans. Le but du projet Ecofarm était de créer un système d’agriculture intégrer en vue d’améliorer la sécurité alimentaire des paysans dans les zones arides. Le projet d’Etablissement de Plantes a contribué à cela par l’expérimentation de techniques qui sont d’une pertinence particulière pour augmenter la production céréalière. Les deux projets sont très liés et tous deux sont exécutés à travers l’expérimentation et le perfectionnement d’une série de technologies à faibles coûts en vue d’accroître la production totale dans le champ. L’expérimentation est faite par les paysans eux-mêmes, sur leurs propres terres. Le résultat final escompté est que les paysans eux-mêmes, après avoir réussi et/ou échoué, trouvent en fin de compte la meilleure combinaison de technologies qui servira à améliorer leur sécurité alimentaire, sur la base de leurs propres ressources économiques, naturelles et humaines et aussi les conditions agro-écologiques locales.
Améliorer la sécurité alimentaire pour les paysans et les villages participants
Les paysans interviewés dernièrement (mars 2010) lors d’une visite de suivi par le GCOZA Norvège au niveau des villages concernés, rapportent qu’ils ont réellement amélioré la sécurité alimentaire au niveau du ménage et au niveau du village en raison des compétences qu’ils ont acquises à travers le projet. Cela a également été confirmé par l’évaluation externe menée au Mali en 2009. L’évaluateur a effectué une étude approfondie des richesses des 15 ménages participants dans un des villages, Kandian. Au départ, le projet comptait 10 ménages moyens et 5 ménages pauvres (tels que définis par eux-mêmes par rapport aux autres ménages dans le village). Les 5 ménages considérés comme étant pauvres, achetaient du grain au moins six moins dans l’année. Au moment de l’évaluation, 3 des 5 ménages pauvres étaient devenus des ménages moyens, et 2 d’entre eux étaient en train d’évoluer vers la catégorie de ménages auto-suffisants. Avec le projet, surtout depuis 2007, le soi-disant groupe moyen a réduit sa dépendance vis-à-vis du marché d’environ 50%, c'est-à-dire deux mois au lieu de quatre au cours desquels ils achetaient du grain. D’après l’évaluation ces résultats sont également valables pour les autres sites d’Ecoferme et d’Etablissement de Plants qui ont été visités au cours de l’évaluation.
“Avant ce projet, je gaspillais l’engrais. Avec les conseils du projet, j’ai pu réduire l’utilisation de ce produit tout comme la superficie que je cultivais. Au lieu de 2 hectares avec un rendement général d’environ 8 sacs de mil par an, je produis maintenant 11 sacs de mil sur un peu plus d’un hectare seulement.”
Monzon Coulibaly, Village de Seribougou
D’après l’évaluateur, les paysans participants ont trouvé que l’approche utilisée par les chercheurs et les ONG d’exécution était participative et n’était pas très près du terrain. « Les chercheurs nous écoutent beaucoup et tiennent compte de nos observations ». Les tests exécutés sur les champs mêmes des paysans leur ont permis de devenir des acteurs et non des sujets de recherche, et cela a mené à l’adoption des meilleurs résultats possibles par les paysans, avec l’accompagnement des chercheurs et des ONG d’exécution.
“Avant l’arrivée du projet, j’étais totalement découragé par la culture. J’achetais la majeure partie du grain pour ma famille au marché. Quand bien même je cultivais plus de 3 ha pour le mil, je ne récoltais jamais plus de 8 sacs tandis qu’il me fallait 22 sacs pour nourrir ma famille. De nos jours, Dieu Merci, je suis bien loti. La saison précédente, je produisais 17 sacs de mil, 6 sacs de maïs, et plus d’arachide que d’habitude. Au cours de la saison dernière, j’ai gagné plus que tout cela. Avant le projet, je me considérais comme un paysan moyen en termes de ressources. Je pense qu’avec les sillons, l’utilisation de microdosage d’engrais et de semences et de trempage de semences, tous les participants au projet sont mieux lotis, les moyens espérant atteindre la catégorie des riches, et ceux qui pouvaient être considérés comme pauvres avant le projet sont en train d’évoluer maintenant vers la catégorie moyenne. L’utilité du projet n’était pas évidente au départ, et il était difficile de croire que les techniques du compostage, des sillons, du microdosage et du trempage pourraient nous apporter de tels résultats. Mais lorsqu’il s’agit de mon propre cas, j’ai déjà utilisé le surplus pour acheter un panneau solaire pour éclairer ma famille et je peux payer les frais scolaires pour mes 7 enfants pour un total de 30.000 FCFA.”
Lassina Bagakogo, Village de Kandian
Bonne collaboration institutionnelle
Une raison pour laquelle le projet a réussi est la bonne collaboration entre les institutions participantes. Au Mali, les chercheurs de l’ICRAF (Centre Agro forestier Mondial) et de l’IER (Institut Economie Rurale) contribuent avec de l’assistance technique en faveur des ONG d’exécution et en Norvège, NORAGRIC fournit un appui technique. L’évaluation rapporte que « Bien que les projets d’Ecoferme /d’Etablissement de Plantes étaient basés sur des hypothèses de recherche solides et vérifiées, ils ont eu la chance de bénéficier d’une très bonne collaboration entre chercheurs norvégiens et maliens utilisés par le GCOZA. En ce qui concerne les chercheurs maliens, leur engagement en faveur des projets est tout simplement remarquable. » En effet, l’étroite collaboration avec les ONG et les paysans a rendu le passage à l’échelle et la dissémination des résultats très efficients.
Passage à l’échelle des pratiques
Les rapports provenant des communautés locales et plusieurs visites de suivi ont démontré que les résultats du passage à l’échelle jusqu’ici sont très prometteurs. Les pratiques les plus réussies, comme par exemple le trempage de semences, le microdosage et l’introduction de nouveaux arbres à buts multiples, ont été intégrées dans les programmes des organisations participantes, atteignant plusieurs milliers de familles. Sur la base des connaissances acquises de l’Ecoferme, CARE Mali a demandé et obtenu un financement de la BUFFET Foundation pour un programme de sécurité alimentaire qui bénéficiera à 10.000 familles de 2009 à 2011. Dans le programme de CARE uniquement, plus de 900 paysans ressources ont été formés dans les techniques. Ces paysans formeront à leur tour d’autres paysans. Une autre parmi les organisations d’exécution, ADAF GALLE, a reçu un financement d’AGRA (Alliance pour une Révolution Verte en Afrique) pour l’exécution dans l’avenir de ces pratiques dans leurs zones de programme.
On a produit un documentaire sur l’Ecoferme qui sera utilisé par les organismes d’exécution, par d’autres membres de GCOZA qui veulent en savoir davantage sur l’Ecoferme pour l’intégrer dans leurs propres programmes et par les agents de vulgarisation. Le documentaire paraîtra également deux fois à la télévision nationale au début de la champagne agricole en 2010 (aux mois de mai et juin). Toutefois, étant donné que la radio est le média le plus accessible dans les villages du Mali, une version radiophonique du documentaire sera diffusée sur les stations de radio nationales et locales.
Enfin, en ce qui concerne l’effet de développement du projet, l’évaluation dit ce qui suit: “Les projets d’Ecoferme/d’Etablissement de Plantes sont sans nul doute des projets avec un grand potentiel. Les bénéficiaires tout comme les non bénéficiaires sont certains quant à leur capacité d’ accroître la production agricole. Il y a sans doute peu d’expérience de développement qui ont des résultats aussi rapides et aussi convaincants. La force de GCOZA, ici, a été d’avoir mené une recherche pertinente, en démontrant par exemple le potentiel de l’approche de l’Ecoferme/Etablissement de Plantes, et à savoir comment intégrer les observations et les suggestions des bénéficiaires dans les tests effectués.”